Statut des accueillantes d'enfants: une avancée à pérenniser

Accueil des enfants
Le 10 novembre dernier, une matinée festive était organisée à Namur pour fêter les premières accueillantes passées sous statut salarié. L’occasion de revenir sur le combat de ces femmes qui ont la tâche importante de prendre en charge nos enfants.
Quarante ans que les accueillantes d’enfants entre 0 et 3 ans attendaient cela. Quarante ans que nombre de travailleuses de ce secteur réclamaient un véritable statut de salariée pour pouvoir vivre de leur activité enfin reconnue comme professionnelle, permettant une sécurité sociale pleine et un revenu sécurisé. En janvier 2018, 200 accueillantes en service se sont vues offrir la possibilité de passer sous ce statut en Fédération WallonieBruxelles dans le cadre d’un projet pilote de deux ans, et plus de 200 autres ont été invitées à déposer leur candidature. Pour en arriver à cette avancée, le combat a été long et chaotique. Et surtout, difficile à vivre au quotidien, financièrement, pour ces femmes qui étaient jusqu’alors payées en fonction du nombre d’enfants présents et qui ne pouvaient prétendre, depuis 2003, qu’à un filet social limité.
Reconnaissance de compétences
L’issue de ce long combat, porté principalement par la CNE, se traduit par l’obtention d’un vrai contrat de travail, un salaire conforme aux barèmes de la CP 332 garanti tous les mois, cinq jours de repos compensatoire pour les heures prestées et approchant de facto 50 heures par semaine, et des congé payés accordés dès 2018. Bref, la reconnaissance de la valeur du travail des accueillantes à travers un statut.
«Dans les années 1970, le législateur considérait encore que s’occuper des enfants était une fonction naturelle des femmes. À ce titre, elles étaient considérées comme des bénévoles défrayées, rappelle Andrée Debrulle, administratrice (avec mandat de la CSC de Liège-Huy-Waremme) de l’Accueil des tout-petits SAEC à Liège. Ce statut permet de reconnaître le caractère professionnel d’une activité qui nécessite des compétences en soins et psychomotricité, dont l’acquisition et la mise à jour sont garanties par le service d’accueil à l’enfance conventionné de l’ONE.»
En effet, on ne devient pas accueillante du jour au lendemain. Et pour pouvoir se porter candidate à l’obtention du nouveau statut, les accueillantes d’enfants doivent être diplômées en puériculture ou prouver une expérience de cinq ans dans cette activité, et disposer d’une infrastructure très surveillée et adaptée à l’accueil des enfants en bas âge.
Socialement indispensable 
À côté de ce projet pilote, il faut aussi pointer le projet de réforme de la petite enfance porté par la ministre Alda Greoli, qui vise à réponde de manière plus efficace et moderne aux besoins des enfants et des familles en matière d’accueil. Une réforme urgente, alors qu’il devient de plus en plus difficile, pour de nombreuses familles, de trouver une place d’accueil, qui plus est à un prix démocratique.
À cet égard, s’agissant des accueillantes à domicile, par exemple, la précarité financière de leur emploi a abouti à une baisse importante du nombre de personnes se lançant dans la profession, approfondissant encore un peu plus le fossé entre la demande et l’offre. L’appauvrissement des communes, qui signent des conventions avec des accueillantes, participe également à la diminution globale du nombre de places d’accueil. L’accueil des enfants est pourtant indispensable: «La société a besoin de places pour accueillir, individuellement ou collectivement, les enfants. Cet accueil permet l’accès des parents à un travail et joue une mission éducative importante en préparant les enfants à l’entrée à l’école maternelle et primaire.»
Incertitudes budgétaires
La cérémonie, organisée par la Fédération des services maternels et infantiles, branche «services» de Vie féminine, à Namur, constituait une occasion festive de marquer l’entrée des premières accueillantes dans leur nouveau statut. «Les accueillantes qui vivent seules ou qui sont très jeunes sont particulièrement enthousiastes face à ce statut qui leur apporte une stabilité de revenu, garantie par les barèmes de la commission paritaire.»
Mais des incertitudes subsistent, aucun engagement financier stable n’existant aujourd’hui par rapport à ce statut au-delà du projet pilote. Si le budget suit et que le projet est évalué positivement à l’issue de la période de test, en décembre 2019, il devrait devenir la norme.