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Près de dix mille manifestants se sont retrouvés à Namur pour clamer leur opposition à la réforme des APE voulue par le gouvernement wallon. Ils revendiquent une réforme qui consolide l’emploi de celles et ceux qui chaque jour se battent pour plus de justice et de solidarité.
Près de dix mille manifestants se sont retrouvés à Namur pour clamer leur opposition à la réforme des APE voulue par le gouvernement wallon. Ils veulent une réforme qui consolide l’emploi de celles et ceux qui chaque jour se battent pour plus de justice et de solidarité.
Le cortège vert et rouge est long, bien plus long qu’attendu ce lundi 25 mars à Namur. Pour cette concentration régionale, la CSC et la FGTB ont mobilisé 5.000 militants et militantes mais ils sont près du double à avoir rallié la capitale wallonne. C’est clair, la réforme du système des aides à la promotion de l’emploi (APE) voulue par le ministre wallon de l’Ẻconomie et de l’Emploi, Pierre-Yves Jeholet, suscite l’inquiétude et le mécontentement. «Nous sommes des milliers et c’est bien normal car l’enjeu qui nous amène aujourd’hui à Namur, ce n’est rien moins que des milliers d’emplois qui sont menacés» souligne Marc Becker, secrétaire national de la CSC en charge des affaires wallonnes. 
La manifestation rassemble des travailleurs et travailleuses directement concernés. Une trentaine d’entre eux ouvrent le cortège avec des dossards « APE en danger ». Il y a également des usagers et des employeurs du non marchand (Unipso). Vie féminine et le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté sont bien représentés. Celui-ci brandit un large calicot qui proclame «APE: aide pertinente essentielle».     

Un subside unique

D’une même voix, les manifestants dénoncent la politique du gouvernement wallon qui s’est mis en place en juillet 2017 et, en particulier, sa réforme du système APE. La Wallonie a hérité de ce système suite à la VIe réforme de l’Ẻtat. À l’origine, ce financement sous forme de points a été créé pour permettre à des personnes éloignées du marché de l’emploi de retrouver un travail. Peu à peu, il est devenu structurel et c’est lui qui permet au non marchand d’exister. Aujourd’hui, les APE concernent 4.000 employeurs et 60.000 travailleurs dont 70% sont des travailleuses. Ils concernent les crèches, les écoles, les associations d’insertion, les maisons de repos, etc. Les pouvoirs locaux et les provinces en bénéficient aussi. Le budget wallon des APE approche le milliard d’euros. 60% des employeurs concernés par les APE se trouvent dans les provinces de Liège et du Hainaut. 
Le ministre Jeholet estime que ce système est devenu opaque. À partir du 1er janvier 2021, il veut le remplacer par un subside unique: chaque ministre du gouvernement recevra une enveloppe budgétaire pour financer les projets relevant de sa compétence. Les provinces et les pouvoirs locaux seront exclus du système. Les syndicats et les employeurs du secteur estiment que, telle quelle, la réforme pourrait entraîner la perte de 5.000 emplois et provoquer une diminution de l’offre de services et une hausse de leur coût (1).

Un sursaut de bon sens

Jusqu’ici leurs interpellations sont restées sans suite. Jeudi 22 juin, à la veille de la manifestation, le gouvernement wallon a approuvé le projet de réforme en deuxième lecture. Pour les manifestants et leurs représentants, c’est tout simplement inacceptable. Vers midi, le cortège arrive place Saint-Aubain. Des travailleuses et travailleurs d’APE témoignent de leur travail quotidien. «Le montant des subventions est déjà insuffisant. Sans APE, il devient insupportable. Les conditions de travail pèsent sur la charge sociale des travailleurs. Le secteur est au bord du gouffre» témoigne Monique, déléguée CNE d’une mission régionale de l’emploi de Charleroi. 
«La CSC et la FGTB demandent une réforme depuis longtemps, mais une réforme qui consolide les emplois voire les augmente et garantit, voire augmente, les services garantis aujourd’hui. Le ministre a cru bon de se précipiter. Nous avons attiré son attention sur nombre de problèmes soulevés par son projet. Rien n’y a fait!, souligne Marc Becker. Il avance envers et contre tout, se moque de la concertation sociale. Nous lui demandons un sursaut de bon sens.»      
Les Fanfoireux clôturent la manifestation en musique. Ce n’est qu’un début. S’il le faut, les manifestants reviendront…
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